Bienvenue dans le Nice du début des années 60 ou apparaissent
prospèrent, disparaissent, renaissent et parfois foisonnent les
mouvements artistiques d’avant-garde. Souvenez vous : ‘‘Fluxus’’,
nouveaux réalistes, supports- surfaces et bien d’autres autour
de Charvollen, Gilli... Nouvelles figuration :Ils arrivent les uns sur
les autres, s’interpénètrent, s’opposent tandis
que César et Arman explosent, illustrant le ‘‘manifeste’’
néo pop art de Pierre Restany, que Bernard Venet peint des décors
pour l’opéra de Nice et que le lituanien Sacha Sosno porte
sur les fonts baptismaux , une école de Nice promise à une
nombreuse et diverse postérité, parfois très détachée
de l’appellation d’origine d’ailleurs fort peu contrôlée.
C’est alors qu’apparaît - si discret qu’il n’y
parait guère, sinon pour quelques connaisseurs attentifs - un artiste
entre tous atypique.
Max Cartier est hors normes, hors de toutes les écoles ou mouvements
esthétiques de son temps C’est un plasticien dont on se dit
aujourd’hui avec le recul qui place son œuvre en perspective,
que celle-ci, diverse, multiple et sans cesse renouvelée mais toujours
sous tendue par une acception exigeante et radicale d’un travail
débarrassé des incidences des modes, occupe à l’évidence
une position singulière dans le panorama artistique de la fin du
XX° siècle dans le sud.
Max Cartier est un autodidacte, mais écarté par la même
des tentations du suivisme grégaire, épargné par
exemple par la contagion ‘‘conceptuelle’’ (cet
art au fond de ‘‘faire faire’’ ailleurs et par
d’autres ce qu’on est incapable et peu désireux de
faire soi-même).
Il ne s’est laissé influencé que par les meilleurs
fréquentations : celles des maîtres d’apprentissage
qui ont formé l’adolescent à comprendre et à
aimer la matière dont sont fait les travaux et les jour. Soudeurs,
zingueurs, il doit a ses maîtres l’intelligence des matériaux
les plus divers : il sais les associer, les amalgamer, les souder, les
découper, jongler avec leurs qualités spécifiques.
Un bagage qui l’amène a devenir le disciple, le compagnon
de l’architecte Jacques COUELLE, alors occupé a concevoir
puis a réaliser son ‘‘village’’ de Castellaras.
De ce maître d’œuvre inspiré, Max CARTIER apprend,
notamment, à projeter ses rêves dans les trois dimensions
de l’espace.
Comédien d’instinct et de rencontre il vient, alors que démarrent
les ‘‘sixties’’, de débuter quant à
lui dans un chef d’œuvre du cinéma. Suivant la trajectoire
de son copain Alain Delon, il s’imposeà l’écran
pour un coup de maître : il est le frère de ‘‘Rocco’’.
Delon dans ‘‘Rocco et ses frères’’, le
film culte d’un des réalisateurs les plus prestigieux de
l’époque, Luchino Visconti. Le temps du tournage et de sa
préparation, Max Cartier a vécu dans l’un ou l’autre
des palais milanais du grand aristocrate qui recevait naturellement chez
lui tout ce que l’Italie du ‘‘miracle’’
économique comptait alors d’artistes (peintres, écrivains,
musiciens etc. …) en vogue.
C’est à la suite de cette expérience enrichissante
comme comédien, que le jeune homme, revenu dans son Vieux Nice
où il commence à rêver du décor d’un
lieu qui deviendra vite l’endroit à la mode de la Côte
d’Azur sous le nom de ‘‘la Camargue’’, entreprend
de s’exprimer en créant, pour son seul plaisir d’abord,
des objets dont il n’imagine nullement pire des ‘‘objets
d’art’’.
Ayant découvert, dans la campagne de l’arrière-pays
niçois, tout un lot de vieux fers d’instruments aratoires
depuis longtemps abandonnées à la rouille (pioches, bêches,
binettes, etc. …), il se les approprie en les présentant
tels quels, dans l’état où les différents degrés
d’usure et d’oxydation les ont unis.
La tentation est grande (et nombre d’artistes y cèdent à
l’époque), de profiter de la morphologie des ces objets pour
en faire comme des ‘‘statues’’ à l’effigie
de l’homme au travail. Mais, par un instinct très sûr,
Max Cartier (qui signe alors modestement ‘‘M. C.’’,
de ses seules initiales) se refuse à cette tentation anthropomorphiste.
Il présente donc ses fers en l’état,
simplement soudés sur une plaque de métal diversement rouillée.
Ayant ainsi réinventé pour son compte une forme ‘‘d’art
brut’’ (dont un exemple, un vieux cric de marbrier de Carrare,
emballé dans un ‘‘cocon’’ de fil de fer
figure aujourd’hui dans les collections du MAMAC de Nice) Max Cartier
va naturellement continuer. Son lot de fers d’outils épuisé,
il passe aux ‘‘cocottes’’ : des serpillières
dont une série, très en vogue dans ses années là,
reproduisaient irrévérencieusement des drapeaux nationaux,
pliés, dépliés, diversement nouées, puis ‘‘fixés’’
par immersion pour une solution vitrifiante, ces poupées de chiffons
arrivent à figurer d’étranges volatiles multicolores.
C’est ainsi par exemple qu’au seuil de l’enlisement
du conflit du Vietnam, une serpillière bannière étoilée
se voit promue à la dignité de dérisoire ‘‘colombe
de la paix’’. (Il est remarquable de noter qu’a des
milliers de kilomètres de là au bord de l’Hudson,
autours de la Factory de Warhol, les ‘‘pop artistes’’
avec lesquels Max CARTIER n’entretient aucuns contacts, développent
le même type de travail sur le thème du drapeau Américain.
Tous plus ou moins adeptes du ‘‘Flower power’’
et du ‘‘Peace & Love’’, tous opposés
à la guerre du Vietnam ils brocardent diversement le drapeau Américain
qu’ils accusent de recouvrir une mauvaise cause.)
Les démarches qui vont suivre confirmeront la fascination du plasticien
pour le métal oxydé et pour l'art d’assemblage.
Il empile, de manière aléatoire, de vieilles chaînes
d’encre marine, dont il soude les maillons deux à deux, dans
l’ordre où le hasard et la pesanteur les ont placé.
Puis Max Cartier s’intéresse le tout premier à la
‘‘casse’’ de miroir. D’abord pour habiller
les murs, le comptoir, les toilettes de sa ‘‘Camargue’’.
Puis pour explorer les jeux à l’infini que permettent la
taille, la couleur et les angles de réflexion des morceaux du miroir
brisé. Sertissant soigneusement chacune de ses pièces dans
une gangue d’étain fondu, il abandonne la fonction strictement
décorative de ces ‘‘casses’’; pour en faire
des tableaux autonomes. Changeant tout a fait de registre (mais non de
démarche) à la demande de la danseuse et chorégraphie
internationale Rosella Hightower, qui prépare
un nouveau spectacle dans son centre de formation de Cannes, Max Cartier
amalgame, en les liant entre eux un lot important de chaussons de danse
pour en faire un fauteuil qui est comme le spectre d’un corps entier
de ballet soudain figé dans son envol chorégraphique.
C’est la première intervention de Max Cartier sur le thème
du siège : il aura bientôt de nombreuses invitations à
développer cette réflexion plastique…